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Lundi-soir dernier, nous pouvions
entendre sur Internet la transmission de « L’anneau de Nibelung », appelé
aussi le « Ring », de Richard Wagner, en direct du Metropolitan Opera de
New-York. Mon but n’est pas de souligner l’originalité de cette présentation
hautement techno et la mise en scène du Québécois Robert Lepage. Je ne l’ai
« évidemment » pas vu … et ne la verrai probablement jamais au Met. (Reste
le cinéma …) Je ne parlerai pas non plus des huées entendues lorsqu’on a
présenté Robert Lepage à l’auditoire du Met, à la fin de la représentation.
Je veux simplement dégager la symbolique d’une telle présentation dans la
métropole américaine, en 2010.
Pour illustrer mon propos, je citerai Fayard, l’éditeur de l’œuvre en
français qui souligne « l'extraordinaire modernité de l'œuvre centrale de
Wagner, qui, enjambant le XXe siècle, rejoint le XXIe, dans sa problématique
la plus urgente : la défense de l'humanité et de la nature contre les
ravages d'un pouvoir totalitaire mondial et d'une avidité financière
illimitée » («Voyage au coeur du Ring : Encyclopédie», Bruno Lussato
(Auteur), Marina Niggli (Auteur), Pierre Boulez (Préface), Éditions Fayard ,
octobre 2005) . « Cette tétralogie se veut, sous le couvert d'une intrigue
en bien des points subversive et provocatrice même aujourd'hui, une
dénonciation de la dictature du pouvoir, de l'argent et de la force brute »
(«Voyage au coeur du Ring : Richard Wagner - L'Anneau du Nibelung, poème
commenté», Bruno Lussato (Auteur), Marina Niggli (Auteur), Françoise Ferlan
(Traduction) , Fayard , octobre 2005).
Plusieurs ont vu dans cette œuvre une vision prémonitoire de la folie
allemande de la première moitié du XXe s. Mais comment ne pas aussi faire
des liens avec la folie de la société américaine qui appuyé George Bush dans
sa guerre contre l’Iraq, lancée sous des prétextes mensongers, les « armes
de destruction massive », la démocratie. Comment oublier les 100, 000 morts
Iraquiens (selon des calculs conservateurs), les 5000 soldats américain tués
au combat (sans compter les blessés), les infrastructures iraquiennes
détruites pour des années à venir, la société iraquienne démantelée, les 3
000 milliards de dollars qu’a coûté cette guerre (cf Joseph Stiglitz, Prix
Nobel d’économie, The Three Trillion Dollar War : The True Cost of the Iraq
Conflict (éditions W. W. Norton, sortie le 3 mars 2008). Comment oublier
qu’il n’y a toujours pas de gouvernement élu en Iraq !!! Et que pensez-vous
qu’il arrivera lorsque les derniers soldats américains vont vraiment quitter
l’Iraq ?
Nous allons un soir au salon funéraire et nous en revenons bouleversés.
Peut-on imaginer la vie des Iraquiens durant cette période ? La vie d’un
Iraquien a-t-elle la même valeur que la nôtre ?
Se peut-il que cette présentation du « Ring » de Wagner au Metropolitan de
New York soit l’œuvre délibérée d’une certaine intelligentsia opposée à la
guerre et à l’hégémonie des États-Unis à travers le monde? Ou encore cette
présentation reflète-t-elle plutôt l’inconscience américaine par rapport aux
exactions passées et leur façon de dominer le monde?
On a exécuté Saddam Hussein et ses acolytes pour crimes de guerre, meurtres
et crimes contre l'humanité. On exige de l’Iraq actuel qu’il paie des
indemnisations au Koweit pour son invasion de 1990. Quand verrons-nous des
juristes sérieux poursuivre George Bush et ses acolytes (Tony Blair entre
autres…) pour crimes contre l’humanité? Quand verrons-nous des juristes
persévérants exiger du gouvernement des États-Unis des indemnités pour la
destruction des infrastructures, des routes, des maisons, des institutions,
des hôpitaux, des écoles … et pour la prise de contrôle des installations
pétrolières en Iraq?
Je terminerai par cette citation de Richard Wagner : « Est-ce que l'art est
autre chose qu'un aveu de notre impuissance? » (Préface de «Siegfreid», 3e
journée de «L'Anneau du Nibelung» ou le «Ring»)
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